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2 STRUCTURE D'UN SPECTROMETRE RMN.


2.1 Méthode de mesure.

Les premiers spectromètres en onde continue étaient basés sur le principe de l'analyse harmonique qui consiste à mesurer la réponse forcée d'un système à une excitation sinusoïdale dont la fréquence est modifiée sur une échelle de temps plus longue que tous les temps caractéristiques du système étudié. Ce principe reste très utilisé pour les mesures de résonance paramagnétique électronique. Les spectromètres RMN actuels sont basés sur le principe de l'analyse impulsionnelle. Dans le cas des systèmes linéaires ces deux principes d'étude sont équivalents mais le système de spins décrit par les équations de Bloch n'est pas linéaire. Pour la RMN la méthode impulsionnelle peut être illustrée par la description, à l'aide d'un modèle vectoriel, de l'expérience de base qui est l'émission d'une impulsion de radiofréquence dite de pi/2 suivie de la réception d'un signal de précession libre (FID, free induction decay). Nous ne revenons pas sur les détails de ce modèle mais la figure 1 permet de faire un premier inventaire des phénomènes impliqués dans le processus de mesure et de la chronologie des événements.

Figure 1. Expérience de base de RMN. L'expérience est idéalisée dans le sens ou il n'y a aucune interaction avec le spectromètre qui permettra la mesure.

A tout instant une induction magnétique statique Bo homogène et stable est appliquée à l'échantillon. Ce champ (14.1 T, 1H à 600 MHz, résolution 0.1 Hz => précision 1,6 10-10) est obtenu par une bobine supra conductrice maintenue à la température de l'hélium liquide dans un cryostat. Un ensemble de bobines auxiliaires alimentées par des courants dont l'ajustement permet de régler l'homogénéité. Certaines de ces bobines sont localisées dans le cryoaimant ("shims" froids) et d'autres sont à la température ambiante ("shims" chauds). La stabilité est assurée par l'asservissement ("lock") du courant d'une bobine auxiliaire à la valeur de Bo. A l'émission, une induction tournante B1 (T) est générée afin de transférer l'aimantation M (A/m) sur xOy. L'impulsion de durée tau, n'est qu'un cas particulier de modulation. Les spectromètres permettent de moduler le signal en amplitude, en fréquence, et en phase à partir d'un modulateur. A la réception la projection de l'aimantation transverse M sur un axe fixe du laboratoire est oscillante (ex. MX(t)). La figure 2 définie une méthode de détection, dite de détection synchrone en phase et en quadrature (DPQ), pour mesurer les projections de M(t) sur les axes Ox et Oy du repère tournant. Ce principe, emprunté à la démodulation d'amplitude, met en oeuvre la fonction multiplication et une référence de fréquence obtenue à partir d'un synthétiseur de même précision et stabilité que celles associées à l'induction magnétique Bo. Le synthétiseur est un autre exemple d'asservissement utilisé dans les spectromètres. La puissance de l'émetteur étant beaucoup trop importante pour être appliquée à l'entrée du récepteur ce dernier est protégé par un duplexeur (aiguillage trois voies émetteur, récepteur, sonde). L'électronique manipule l'information sous forme de tensions (V) ou de courants (A). Il faut donc un actionneur pour transformer les tensions ou courants en "Teslas tournant" et un capteur pour transformer les "A/m tournants" en tensions ou courants. Cet actionneur et ce capteur sont obtenus à partir d'une bobine radiofréquence unique.

Figure 2. Principe d'un détecteur synchrone en phase et en quadrature (DPQ).

En effet l'électromagnétisme nous apprend que les courants sont sources d'induction magnétique et que la variation de flux magnétique génère une force électromotrice. Tous les systèmes sont le siège de bruits dont l'intensité est d'autant plus faible que la bande passante en fréquence du système est plus étroite. Une façon de limiter la bande passante du détecteur matérialisé par la bobine est de l'associer à un condensateur pour former un résonateur qui doit être accordé. La façon dont la sonde est couplée au récepteur par une adaptation d'impédance est un autre point clef pour optimiser le rapport signal sur bruit (S/B) de la mesure. La circulation de l'information entre les différents éléments du spectromètre est assurée par des lignes de transmission. Une adaptation d'impédance entre les entrées sorties des éléments du spectromètre et les lignes est aussi nécessaire pour éviter des phénomènes de réflexion. Enfin l'information est traitée numériquement par l'ordinateur, aussi des conversions analogiques vers numériques (CAN, ADC) et numériques vers analogiques (CNA, DAC) sont nécessaires. Pour une analyse spectroscopique RMN, la transformation de Fourier qui est un des outils de la théorie du signal, est appliquée à la FID(t) pour obtenir un spectre. Enfin, avant de présenter la structure d'un spectromètre nous devons estimer les intensités des grandeurs intervenant dans ce processus de mesure.

2.2 Bilan énergie puissance.

2.2.1 Induction magnétique statique

La densité d'énergie magnétique E (J/m3) est donnée par B2/2uo (uo perméabilité magnétique du vide 4pi 10-7 H/m). Pour un aimant supraconducteur de 8,46 T (360 MHz proton) possédant un trou de diamètre 9 cm et une hauteur de 1 m l'énergie stockée dans ce volume est de 180 kJ. Les données fournies par le constructeur (LI2/2, L = 100 H, I = 70 A) conduisent à une valeur d'énergie magnétique total stockée de 245 kJ. A volume égal pour une résonance du proton à 750 MHz l'aimant doit stocker une énergie de l'ordre du méga-Joule.

2.2.2 Emission

Dans un repère tournant à une vitesse angulaire omegar != omegao, on sait qu'à l'excitation l'aimantation va précesser sur un cône centré autour d'un axe défini par une induction magnétique effective Beff qui n'est plus colinéaire à B1. Pour maintenir Beff le plus prêt de B1 il faut gammaB1 >> Deltaomega = omegao - omegar = 2pi.Deltaf, soit par exemple gammaB1 = 10 Deltaomega. Pour évaluer Deltaf = Deltad.fo nous prenons la gamme de déplacement chimique Deltad du proton et du carbone à la fréquence de résonance fo (fo (1H)=500 MHz, Bo = 11,744 T) ce qui permet de déduire: B1, la densité d'énergie magnétique stocké B12/2uo et l'énergie stockée Wémi = (B12/2uo).Ve pour un échantillon de volume Ve (ex. 1 cm3). Il faut que cette énergie stockée soit dissipée suffisamment vite pour ne pas masquer la réponse du système de spin. Nous prendrons comme hypothèse un temps de dissipation taus ~ 1 us (En fait taus = 2Q/omegao , voir plus loin). Ainsi Pémi = Wémi/taus donne une estimation de la puissance d'émission et Pémi = Veff2/R l'estimation d'une tension efficace. Cette tension peut être celle supportée par le câble si l'on prend R = 50 Omega. Cette notion d'impédance de câble sera précisée ultérieurement. La table 1 résume les résultats.

1 cm3

fo(MHz)
Deltad(ppm)
Deltaf(kHz)
B1(mT)
Wémi(uJ)
Pémi(W)
Veff(V)
1H
500
20
10
2,3
2,1
2,1
10,2
13C
126
250
31,5
30
360
360
134
Table 1. Quelques ordres de grandeurs à l'émission.

La puissance d'émission doit être plus importante pour le carbone que pour le proton. De plus, avec l'hypothèse d'une interaction dominante de type déplacement chimique, la puissance des émetteurs augmente comme le carré de la fréquence d'utilisation du spectromètre. Par exemple pour un spectromètre 750 MHz proton l'émetteur 13C passe à 810 W.

2.2.3 Réception

A la réception la puissance perdue par le système de spin, indépendamment de tout couplage avec un appareil de mesure, est due à un terme de rayonnement Pray et à un terme de perte thermique PZ. Comme cela a été mentionné, la projection de l'aimantation transverse Mperpendicular sur un axe fixe du laboratoire est une sinusoïde amortie. Ainsi le produit Mperpendicular.Ve représente un dipôle m (Am2) oscillant dont la puissance moyenne Pray = uoomega4|m|2/(12pic3) est émise par rayonnement (c vitesse de la lumière). Si un appareil de mesure interceptait une partie de la puissance transverse, Pray serait d'autant diminuée. Juste après l'impulsion pi/2 l'aimantation transverse vaut |Mperpendicular| = Mo et |m| = Mo.Ve avec Mo = Ngamma2h2I(I+1)Bo/3kT. D'autre part à l'équilibre thermique l'énergie potentielle du système de spin est -Mo.Bo. Après l'impulsion cette énergie potentielle est identiquement nulle (M perpendicular Bo). Si l'on attend un temps de l'ordre de quelques temps de relaxation (liquide T1 = T2) l'énergie potentielle a retrouvée sa valeur d'équilibre. Ceci n'est possible que si une énergie WZ = Mo.Bo.Ve a été transmise au "réseau" ce qui pourrait être mesuré par une méthode bolométrique. Ainsi l'on peut définir une puissance de transfert thermique PZ = WZ/T1. (Ex. T1(H2O)~4s à 300K). La table 2, qui résume les résultats pour les carbones du TMS (tétraméthylsilane) et les protons de l'eau, montre clairement que les spins interagissent plus

1 cm3

fo(MHz)
(nbr de spins)
Mo(A/m)
Pray(W)
PZ(W)
1H(H2O)
500
6,7 1022
38 10-3
1,7 10-10
1,1 10-7
13C(TMS)
126
2 1020
7,2 10-6
2,6 10-20
21 10-12
Table 2. Quelques ordres de grandeurs à la réception.

fortement avec le "réseau" qu'avec l'environnement électromagnétique. Ainsi on peut ignorer l'amortissement par rayonnement tant qu'il n'existe pas de couplage entre les spins et le spectromètre. Néanmoins pour pouvoir faire une mesure il faudra que ce couplage existe. La puissance PZ donne la borne supérieure de ce couplage. En effet si le transfert d'énergie impliqué par la mesure est supérieur à PZ, alors le comportement intrinsèque des spins est complètement masqué par la mesure (amortissement cohérent, "radiation damping"). Enfin la comparaison entre la puissance d'émission et de réception montre la nécessité d'isoler le récepteur de l'émetteur par un duplexeur (aiguillage trois voies émetteur, récepteur, sonde). L'isolement du duplexeur est caractérisé par une valeur Fiso(dB) = 10log10(Pémi /PZ). On trouve en utilisant les valeurs des tables 1 et 2 Fiso1H = 73 dB et Fiso13C = 132 dB. L'isolement doit être plus efficace pour le carbone que pour le proton.

2.2.4 Bruit, sensibilité intrinsèque.

Bien qu'il puisse y avoir plusieurs autres sources de bruits, tout système est au moins le siège d'un bruit thermique appelé Johnson dont la puissance de bruit est donnée par Pbr(W) = kT.Deltaf (k = 1.38 10-23 J/K, T en K, Deltaf en Hz). Deltaf représente la bande passante de mesure utilisée pour analyser le système. L'inverse tmes ~ 1/Deltaf est le temps d'interaction entre le système à analyser et l'appareil de mesure. Ce temps est d'autant plus long que la fenêtre spectrale d'analyse est plus étroite. Par exemple les spins sont placés hors de leur état d'équilibre pour analyser la réponse matérialisée par le signal FID. Mais la durée de cette analyse ne pourra pas dépasser quelques valeurs de T2 (FID->0) donc pour cette mesure tmes~T2 et Deltaf minimale ~1/T2. Deltaf est le plus souvent supérieur à cette valeur car il est très rare que la plage spectrale à analyser corresponde à la largeur d'une seule raie de liquide. Une limite de sensibilité intrinsèque à la méthode de mesure est atteinte lorsque la puissance détectée et la puissance de bruit sont du même ordre soit MoBoVe/T2 >= kT.Deltaf. Cette inégalité permet de trouver le nombre minimum détectable de spins ns = N.Ve. >= (3.Deltaf.T2.(kT)2)/(I(I+1).(homegao)2). La sensibilité de la mesure augmente comme 1/Deltaf ce qui impose une bande passante minimale qui doit rester adaptée à la largeur spectrale à explorer. Une façon de limiter la bande passante du détecteur formé par la bobine est de l'associer à un condensateur pour former un résonateur qui doit être accordé (circuit résonant série ou antirésonant //). La table 3 donne quelques résultats qui illustrent ce paragraphe.


fo(MHz)

Deltaf(Hz)
Deltad(ppm)
Pbr(W)
homegao/kT
ns min
1H,Deltafmin
500
0,25
5 10-4
10-21
8 10-5
6 108
1H,Deltafmax
500
104
20
4 10-17
8 10-5
2,5 1013
13C,Deltafmin
126
0,25
2 10-3
10-21
2 10-5
1010
13C,Deltafmax
126
3,2 104
250
1,3 10-16
2 10-5
1,3 1015
Table 3. Quelques valeurs du bruit intrinsèque (sans interaction avec un instrument de mesure): Deltafmin = 1/T2, Deltafmax = fo.10-6Deltadmax(noyau).

Le système de spins doit être couplé au spectromètre pour obtenir une mesure. La sensibilité effective sera donc dépendante du bruit de l'appareil de mesure et du couplage. Or comme cela a été mentionné, le couplage des spins à la sonde devra être plus faible que le couplage au "réseau", ce qui réduit d'autant la sensibilité effective de la méthode. Cette dernière remarque est à associer au problème de l'adaptation d'impédance. En électronique cette fonction d'adaptation d'impédance est assurée par des transformateurs ou de façon plus générale par des filtres. En mécanique la boite de vitesse est un autre exemple bien connu.

2.3 Structure fonctionnelle d'un spectromètre.

La figure 3 présente une récapitulation des concepts et des fonctions nécessaires à la mesure. Le cryoaimant, les "shims", le "lock" et l'échantillon ne sont pas représentés. Le schéma de la figure 3a peut être séparé en trois branches, une branche émission travaillant à la pulsation omegar, une branche réception travaillant à la pulsation omegao et une branche de signaux basses fréquences dont certains sont numérisés. Le synthétiseur génère une onde continue de radiofréquence. Le modulateur met cette onde sous forme d'impulsions dont la phase est contrôlée. L'émetteur amplifie ces impulsions puis les transmet à la sonde via le duplexeur qui isole la branche réception. La sonde envoie ensuite le signal RMN au récepteur via le duplexeur qui isole alors la branche émission pour ne pas détecter de bruit de cette branche. Le détecteur synchrone reçoit ce signal qui est mélangé à la référence provenant du synthétiseur afin de produire un signal audio (fonctions multiplication et filtrage passe bas, voir fig. 2). La détection est homodyne (fig.3a) ou hétérodyne (fig.3b) nécessitant la génération d'une fréquence locale fL qui, mélangée au signal RMN, aboutit à un signal à fréquence intermédiaire fI. Le détecteur est alors optimisé pour travailler à cette fréquence fixe fI. Le signal audio est échantillonné avant d'être numérisé par une opération de quantification assurée par la CAN. Le signal numérique est traité ou stocké au niveau du système informatique. Lorsque des signaux de contrôles sont générés par l'ordinateur ils sont émis soit sous forme numérique soit sous forme analogique après conversion par des CNA. Les signaux numériques sont transmis par un bus aux interfaces des appareils.

Figure 3. Structure de base d'un spectromètre RMN a) détection homodyne, b) détection hétérodyne.


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